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La construction en terre crue à Bruxelles

01-04-18

Veille

À l’occasion de l’exposition TERRA Award : architecture en terre d’aujourd’hui, nous avons pu actualiser nos connaissances sur la construction en terre crue, aujourd’hui trop souvent considéré comme l’apanage des pays chaud, d’une architecture révolue et inadaptée à nos climats.

Pourtant, des témoignages appartenant à notre passé sont toujours présents et nous prouvent la durabilité de ce matériau. La Région Bruxelles Capitale peut se targuer d’avoir certains des plus vieux bâtiments en terre crue de Belgique avec le béguinage d’Anderlecht (daté de la première moitié du XVème siècle), la ferme de l’Abreuvoir (dernier quart du XVème siècle) ou encore la ferme Fond’Roy (1832), récemment restaurée. Ces exemples sont bien évidemment encore debout, utilisés et visitables.

La terre crue a progressivement été supplantée dès la fin du XIXème siècle par l’essor de nouveaux matériaux comme le béton, l’acier et le développement de l’industrialisation du processus de fabrication de la brique de terre cuite. La révolution industrielle est venue clore une évolution qui avait commencé au Néolithique et qui connut son apogée au Moyen-Âge.

Depuis une vingtaine d’années, ce matériau revient sur le devant de la scène, notamment grâce au centre de recherche CRAterre (ENSA Grenoble). Et la Belgique n’est pas en reste ! Les problématiques actuelles d’économies durables et circulaires permettent un retour de la terre crue. En effet, qu’est-ce qui répond le plus à cette demande qu’un matériau réutilisable à l’infini[1] ? S’ajoute à cela une grande inertie thermique, une bonne isolation phonique et une forte régulation hygrométrique.

Il devient dès lors naturel de s’intéresser à la provenance de cette terre. Pourquoi ne serait-il pas possible de procéder à la manière de nos anciens, soit en utilisant la terre provenant de nos chantiers ? On excave sur la Région de Bruxelles-Capitale plus de 1,5 millions de tonnes de terre par an. Cette terre est aujourd’hui considérée comme un déchet et sert, au mieux, de remblai pour d’autres chantiers. C’est donc un gisement de matière première valorisable qui peut permettre d’enrayer l’épuisement d’autres ressources naturelles fortement exploitées dans le domaine de la construction (ex. : le sable est la deuxième ressource naturelle la plus utilisée au monde après l’eau, le secteur de la construction en étant le plus gourmand). Passé les premiers mètres de remblais pollués se trouve la terre « naturelle », saine et apte à la construction.

La législation actuelle nécessite quelques adaptations car comme expliqué plus haut, les terres d’excavation sont considérées comme des déchets. Cela implique qu’une personne ou une entreprise voulant les utiliser doit avoir un permis d’environnement[2], ce qui est assez contraignant. Dans le cadre des marchés publics on constate une évolution vers un critère d’attribution basé sur le coût du cycle de vie du projet. Cette méthodologie permet de quantifier les impacts environnementaux potentiels d’un matériau tout au long de son cycle de vie, soit depuis l’extraction des matières premières qui le composent jusqu’à la fin de son utilisation. Si les adjudicateurs choisissent de tenir compte de l’impact global, les techniques en terre crue présentent un avantage.

En Belgique, il est acté que la construction est le secteur le plus polluant et gourmand en ressources naturelles. Ceci est a fortiori le cas pour les zones urbaines, où la majorité des chantiers se concentrent. Chaque intervention dans le fonctionnement de ce secteur a donc des impacts multiples sur l’environnement. Il est donc peut-être temps de considérer les terres de déblais comme une des solutions possibles à la résilience urbaine.

La construction en terre crue s’inscrit parfaitement dans les objectifs d’une économie circulaire, qui met l’accent sur la récupération et le réemploi des matériaux. Une volonté politique est nécessaire pour faire avancer ce processus : mettre l’accent sur les matériaux biosourcés, qui préservent la santé et le bien-être des usagers, et de conclure par « à quand l’octroi de primes pour inciter l’innovation ? »

 

Auteur : Anaïs Pereira, Wendy Boswell et Frederic Luyckx, CERAA

[1] Si non stabilisé à la chaux ou au ciment

[2] Également afin d’accéder à la fin de statut déchet (règlementation européenne end of waste)

 

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