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L’ACUPUNCTURE DURABLE

30-08-17

Veille

La société des Hommes est un système vivant.

Comme le corps humain elle s’organise en flux, en croisement d’énergies, en squelette.

Elle se développe au départ d’une pensée abritée dans son cerveau – la pensée collective – pour conduire sa démarche et progresser.

Radiographiée, on constate qu’elle s’organise sur son territoire en artères, en tissus, en centres nerveux, en articulations, ...

Comme le corps humain, elle est constamment en mouvement ; elle évolue (dans le sens étymologique du terme) ; elle se construit ; elle « bouge » !

Elle naît, se développe et se transforme comme la chenille devient chrysalide puis papillon pour donner naissance aux générations suivantes : les possibles à venir.

Dans la construction de cette société, les grands axes – l’ossature – est le produit d’une réflexion commune : produit de l’intelligence collective à l’échelle de cette société.

Cette intelligence collective choisi les perspectives, détermine les grandes valeurs communes et propose le trajet incertain vers l’horizon.

Comme elle, la planification de notre territoire propose elle aussi des artères ; des moments de concentration collective – places publiques ; des moments de respiration : parcs et jardins ; des outils d’énergie productrice : équipements industriels ; des lieux d’identité collective : équipements culturels, ...

Cette planification doit trouver l’adhésion collective au travers des responsabilités assumées par les pouvoirs publics, garants du respect des aspirations de tous et de la mise en œuvre de leur traduction.

Mais attention aux « territoires oubliés »...

Territoires d’ouverture où des possibilités parallèles peuvent voir le jour. Ces jachères qui – heureusement – restent dans l’ombre de notre inconscient.

À côté de l’intelligence collective, il reste heureusement l’inconscient collectif.

L’ombre permet à d’autres écosystèmes de se développer à un autre rythme. Mousses, champignons et pousses diverses peuvent s’y développer sans craindre « le bruit de la ville », le « brouhaha » des idées maîtresses auxquelles nous nous accrochons en croyant nous sauver définitivement de notre destin.

Le soleil et sa lumière tournent d’Est en Ouest et immanquablement finissent par nourrir de leurs rayons cette fertilité tapie dans la sérénité, protégée de l’immédiat.

Cette fertilité a pu se donner le temps de créer des racines profondes, nourries par le sol, nourries par « l’autre monde » sous nos pieds : image de notre inconscient collectif.

L’autre réseau.

Si l’intelligence collective permet d’assumer et de nourrir les responsabilités et décisions de l’immédiat (dans ce que nous pensons être l’urgence du temps), l’inconscient collectif et le réseau « des Hommes » permet la liberté première du temps nécessaire au mûrissement.

Il permet le privilège généreux de la diversité des pensées et de l’action, portés par tous en suivant un parcours plus aléatoire... donc souvent plus riche de l’imprévu.

Il permet le ferment de l’erreur. Celle qui, une fois admise, donne la liberté de pénétrer les territoires interdits par la pensée collective qui ceinture par l’a priori ces pans de pensée possibles que nous longeons trop souvent sans avoir le réflexe d’ouvrir les grilles qui y donnent accès.

Et c’est là que peut intervenir ce que nous pourrions qualifier « d’acupuncture durable ».

Nous revenons alors aux réseaux dont nous sommes tous des points névralgiques.

L’acupuncture et sa position ambigüe entre médecine et thérapie.

Attention à la thérapie qui donnerait l’espoir d’une guérison définitive : illusion prétentieuse.

Préférons lui la médecine qui nous accompagne dans les évènements de notre vie – individuelle et collective – en nous proposant des « remèdes de grand-mère » qui associeraient héritage et prospective (socle de la mémoire pour l’adrénaline de ce qui vient).

Ce qui me paraît évident, c’est que nous pouvons tous être « medicine man » de notre tribu.

L’« acupuncture durable » doit être cette médecine qui – affranchie des ukases et de l’autorité des grands groupes et des grandes organisations – se fait l’aiguillon du « penser autrement ».

Agissons sur les points sensibles du corps de notre société.

L’« acupuncture durable » permet de multiples initiatives initiées par la base des citoyens ; tous peuvent y contribuer sans contraintes, sans retenues, sans peur de l’erreur. Nombre d’inventions et de progrès sont le produit de ce qui apparaissait au départ comme une erreur.

Sans condamner ceux qui prennent le risque de la synthèse du parcours collectif, favorisons les initiatives citoyennes. Favorisons les initiatives « on the edge ». Occupons les territoires laissés en friche.

Il ne s’agit pas d’opposer les deux principes :  «  From the bottom to the top » et « From the top to the bottom ». Il s’agit de combler les vides et de faire en sorte que les deux concepts se croisent de manière qu’à leur rencontre se passe cette poésie qui veut que les branches de l’arbre portent les feuilles et les fleurs au printemps !

Dans cette volonté et cette conviction d’Ecobuild a toute sa place à prendre.

Nous ne prendrons la place de personne, mais nous pourrons espérer que la conjonction de notre action et de circonstances favorables (que nous ne contrôlons pas) nous donnera le plaisir de proposer d’autres perspectives et d’élargir encore plus l’horizon. L’aventure créatrice se trouve en dehors de notre champ de vision : plus loin que -1° et à partir de 181°.

Soutenons les initiatives de l’intérieur et de l’extérieur.

Renforçons les réseaux par notre présence active parmi eux.

Proposons des initiatives en cadeau à la « tribu urbaine et territoriale » dont nous sommes partie prenante.

Des initiatives comme celle d’Ecobuild sont des points d’« acupuncture durable » qui doivent renforcer l’inconscient collectif pour contribuer à faire passer les valeurs que nous partageons dans les préoccupations du mécanisme de l’intelligence collective.

Je profite de l’occasion pour remercier les membres d’Ecobuild de m’avoir permis ce passage parmi eux.

C’est ce passage qui nourrit grandement les lignes qui précèdent.

Qu’ils soient convaincus que je continue à partager les mêmes préoccupations et les mêmes valeurs dans d’autres lieux et que je ne manquerai aucune occasion d’avoir le plaisir d’encore les croiser.

À bientôt !

Auteur : Luc Deleuze, Professeur en Architecture – ULB, Chairman of the Board - Art and Build, Past President Ecobuild.

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